Toulon dévergondée est le titre du livre que l’historien et préfet honoraire Marc Bayle consacre à la Basse-Ville de Toulon. Dans cet entretien sur INFO83, il revient sur un siècle d’histoires sensibles, de 1880 à 1980. Un voyage au cœur d’un quartier portuaire où se mêlent plaisirs, marins, fumeries d’opium et grands écrivains.
Toulon dévergondée : la basse-ville au cœur de l’identité toulonnaise
Pour Marc Bayle, la Basse-Ville fait partie du mythe toulonnais. Le quartier s’étendait de la porte d’Italie à la place d’Armes. Il ne se réduit pas à la seule période dite de “Chicago”.
L’auteur replace Toulon dévergondée dans une histoire plus longue. Il s’appuie sur des archives, la presse locale et des rapports de police. Son travail montre comment ce morceau de ville a marqué l’imaginaire collectif des Toulonnaises et des Toulonnais.
La Basse-Ville, c’est d’abord le Quartier Réservé. On l’appelait le “Chapeau Rouge” ou le “Pavé d’amour”. C’était la seule zone de Toulon où la prostitution était libre et autorisée. Un espace très contrôlé, mais aussi très fréquenté par les équipages et les coloniaux de passage à Toulon.
Fumeries d’opium et “péril vénérien” dans la basse-ville
Dans Toulon dévergondée, Marc Bayle consacre un chapitre aux fumeries d’opium. Il s’appuie sur des sources policières de la fin du XIXᵉ siècle et du début du XXᵉ siècle.
On estime alors à près de 160 le nombre de fumeries à Toulon. Beaucoup se concentrent dans la Basse-Ville, rue du Canon et dans les rues voisines. Certaines se trouvent aussi à la Mitre et au Mourillon.
L’opium touche surtout les marins et les coloniaux revenus d’Indochine. Les autorités parlent de “péril vénérien”. On évoque jusqu’à 700 marins devenus opiomanes.
Sous la pression des médecins, de la presse et de la Marine nationale, la loi se durcit. En 1916, une loi interdit l’usage de ces substances. Les fumeries d’opium disparaissent progressivement du paysage toulonnais.
Cocteau, Bernanos et le “tourisme festif” à Toulon
L’ouvrage Toulon dévergondée ne se limite pas aux faits divers. Marc Bayle raconte aussi le “tourisme festif” qui attire à Toulon des écrivains et des artistes majeurs.
Jean Cocteau vient régulièrement dans la ville dans les années 1920 et 1930. Il fréquente les bars de la Basse-Ville, les bars à filles et les bars à matelots. Il s’y “encanaille”, comme il l’écrit lui-même dans le Livre blanc.
Georges Bernanos vit aussi à plusieurs reprises à Toulon et à Hyères. Il fréquente le Café de la Rade. C’est là qu’il écrit une partie des “Grands cimetières sous la lune”.
Lorsque Bernanos revient à Toulon après la guerre, il découvre une ville bombardée. La Basse-Ville est détruite. Il parle alors d’une “chère ville blessée au cœur”.
Ce passage de Cocteau, Bernanos, Kessel ou Cendrars fait dire à certains que Toulon devient une sorte de “Saint-Germain-sur-Mer”. Une capitale portuaire du plaisir et de la création, loin des clichés habituels.
Un livre pour redécouvrir l’histoire locale de Toulon
Avec Toulon dévergondée, Marc Bayle signe un ouvrage d’histoire locale, mais accessible. Le livre propose une plongée documentée dans la Basse-Ville, de 1880 à 1980.
On y découvre les traces de ce quartier dans la toponymie, les façades, les places et la mémoire urbaine. L’iconographie d’archives permet de visualiser ce Toulon disparu, avant les bombardements.
L’auteur connaît bien la ville. Préfet honoraire et ancien commissaire de la Marine, il a déjà publié “Les Droites à Toulon”, “Toulon au fil des textes” et “Toulon. Portraits d’une ville”.
Ce nouveau livre s’adresse aux passionnés d’histoire locale, mais aussi aux Toulonnais qui souhaitent comprendre un pan méconnu de l’identité toulonnaise.
Pour aller plus loin sur l’histoire de Toulon, vous pouvez aussi consulter nos autres entretiens avec des auteurs et historiens locaux sur INFO83.
EN RÉSUMÉ :
- L’interview de Marc Bayle sur INFO83 présente son livre Toulon dévergondée, consacré à la Basse-Ville toulonnaise. L’ouvrage couvre la période 1880-1980 et raconte un quartier portuaire associé à la prostitution, aux fumeries d’opium et aux plaisirs des marins.
Le livre montre aussi le rôle de Toulon comme lieu de “tourisme festif” pour des écrivains comme Cocteau ou Bernanos. Il éclaire enfin la place de la Basse-Ville dans la mémoire urbaine, entre mythe, archives et histoire locale.
Rédaction : Patrick Issartier
FAQ — FOIRE AUX QUESTIONS
Quel est le sujet du livre “Toulon dévergondée” ?
Le livre raconte l’histoire de la basse-ville de Toulon entre 1880 et 1980. Il évoque le Quartier Réservé, les fumeries d’opium, les marins, les plaisirs portuaires et l’image de Toulon dans l’imaginaire collectif.
Qui est l’auteur de Toulon dévergondée ?
L’ouvrage est dirigé par Marc Bayle, préfet honoraire et ancien commissaire de la Marine. Il est aussi l’auteur de plusieurs livres sur l’histoire politique et urbaine de Toulon.
Pourquoi la basse-ville de Toulon est-elle considérée comme un lieu mythique ?
La basse-ville était le cœur des plaisirs portuaires. On y trouvait le Quartier Réservé, des bars, des fumeries d’opium et une vie nocturne intense. Des écrivains célèbres y ont séjourné, ce qui a renforcé sa réputation.
Les fumeries d’opium ont-elles vraiment existé à Toulon ?
Oui. D’après les archives et les rapports de police, on compte jusqu’à 160 fumeries d’opium dans la basse-ville et les quartiers proches. Elles disparaissent après la loi de 1916 qui interdit ces pratiques.
Où trouver le livre Toulon dévergondée ?
Le livre Toulon dévergondée. La basse-ville (années 1880-1980) est disponible en librairie et en ligne. Il s’adresse à tous ceux qui souhaitent mieux connaître l’histoire de Toulon et de son port.
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