Comment reconnaître l’accord d’un patient autiste qui ne parle pas ? Comment accompagner une personne qui accepte difficilement son nouveau corps ? Ces questions étaient au cœur des échanges à Ollioules. Derrière les recherches présentées, une même ambition se dessine : mieux comprendre les patients pour améliorer les soins.
En résumé…
Le 29 octobre 2026, Croix-Rouge Compétence Provence-Alpes-Côte d’Azur & Corse a organisé son deuxième Congrès régional des Jeunes Chercheurs à Ollioules, dans le Var. Neuf travaux ont été présentés par des professionnels issus des établissements de Nice, Marseille et Ollioules. Les recherches portaient notamment sur l’autisme, l’endométriose, la stomie, le risque suicidaire, le management et l’intelligence artificielle. Quatre lauréats régionaux doivent être proposés à la sélection du congrès national, prévu le 19 janvier 2027 à Marseille.

Pourquoi les futurs soignants doivent-ils apprendre à chercher ?
La recherche fait partie de la formation des futurs infirmiers. Elle leur permet de confronter leurs connaissances aux réalités du terrain.
Sylvain Peyratout, directeur régional de Croix-Rouge Compétence Provence-Alpes-Côte d’Azur & Corse, rappelle cette obligation universitaire.
Mais pour lui, l’intérêt dépasse largement le diplôme.
« Ce travail de mémoire de fin d’études permet de s’interroger sur ses propres pratiques professionnelles. »
Les étudiants apprennent ainsi à analyser les situations rencontrées en stage. Ils développent leur esprit critique et questionnent leurs méthodes.
« C’est la mise en perspective, par de la théorie, de ce qu’on peut voir aussi en stage », explique le directeur régional.
Cette démarche contribue au développement des compétences professionnelles.
Antoine Bruno : « La prise en compte globale de la personne »
Antoine Bruno dirige le site Croix-Rouge Compétence d’Ollioules. Il défend une formation qui associe connaissances scientifiques et compréhension humaine.
Pour lui, la qualité des recherches présentées témoigne de cette évolution.
« La prise en compte globale de la personne et la prise en compte de la santé globale, c’est-à-dire un bien-être physique, psychique, social. »
Cette approche dépasse les seuls gestes techniques.
À Ollioules, les futurs infirmiers et travailleurs sociaux suivent notamment des enseignements communs. Ils abordent la santé mentale et la santé publique.
Les personnes accompagnées participent également à certaines formations.
« Le principe premier de la Croix-Rouge, c’est l’humanité », rappelle Antoine Bruno.
Cette philosophie prend tout son sens dans les travaux des jeunes chercheurs.
Tess Sardo : comment savoir si un patient autiste accepte un soin ?
Tess Sardo a obtenu son diplôme infirmier en juillet 2026. Elle travaille aujourd’hui dans une maison d’accueil spécialisée.
Son expérience auprès des personnes handicapées l’a conduite à s’interroger sur le consentement aux soins.
« Je me suis demandé comment les soignants réussissent à savoir comment un patient consent ou non à un soin. »
La question concerne particulièrement les personnes autistes qui ne communiquent pas verbalement.
Comment distinguer l’accord, le refus ou l’inconfort ?
Ses recherches l’ont amenée à privilégier l’observation et la connaissance individuelle.
« Ça nécessite une observation continue de la personne. »
Elle explique que chaque patient possède ses propres modes d’expression.
« Ça passe par le regard, le sourire, quand il va nous prendre la main ou des choses comme ça. »
Ces signes peuvent contribuer à reconnaître l’assentiment. Toutefois, ils doivent être interprétés dans le contexte propre à chaque patient.
Pour Tess Sardo, le temps constitue donc un élément essentiel de la relation soignant-soigné.
Son travail rappelle une réalité importante : l’absence de parole ne signifie pas l’absence de volonté.

Crédit photo : INFO83
Hanna Bouzit : « Il ne faut pas rester sur le refus »
Autre témoignage recueilli par INFO83, celui de Hanna Bouzit, jeune infirmière diplômée en 2026.
Son mémoire porte sur l’accompagnement des personnes porteuses d’une stomie.
Cette intervention chirurgicale peut bouleverser l’image corporelle. Certains patients éprouvent alors des difficultés à accepter leur nouvelle situation.
Hanna Bouzit a choisi ce sujet après une rencontre marquante pendant un stage.
« J’ai rencontré une patiente qui acceptait difficilement cette nouvelle situation. »
Cette expérience l’a poussée à approfondir ses recherches.
Elle souhaite notamment comprendre les réactions de retrait et les refus de soin.
« Il ne faut pas rester sur le refus et sur le non, mais chercher à comprendre ce qui se passe derrière. »
Pour la jeune infirmière, le soignant doit s’intéresser aux émotions du patient.
« Qu’est-ce que le patient ressent pour pouvoir lui offrir un accompagnement adapté ? »
Son travail montre l’importance de la relation humaine dans les soins infirmiers.
Il rappelle aussi qu’un refus ne doit pas être ignoré ou contourné. Il appelle une écoute attentive et le respect de la décision du patient.

Hanna Bouzit, jeune infirmière diplômée en 2026, récompensée pour ses recherches sur l’accompagnement des patients porteurs d’une stomie, lors du 2e Congrès régional des Jeunes Chercheurs, le 29 octobre 2026 à Ollioules. Elle est entourée de Béatrice Brignon, coordinatrice scientifique régionale (à gauche), et de Sylvain Peyratout, directeur régional de Croix-Rouge Compétence PACA & Corse (à droite). Crédit photo : INFO83
Neuf recherches au plus près des préoccupations de santé
Les neuf communications scientifiques ont couvert des domaines très différents.
Chloé Le Drogoff, de l’IFSI d’Ollioules, a étudié le risque suicidaire. Hugo Bardin, de Marseille, s’est intéressé aux douleurs chroniques liées à l’endométriose.
Nadjime Said-Ahamada a travaillé sur l’alliance thérapeutique et la récupération motrice.
Les questions de management occupaient également une place importante.
Silvia Venteo a abordé la régulation des émotions en EHPAD. Audrey Pico-Antunes a étudié les risques psychosociaux. Angelo Richard a présenté une démarche pédagogique fondée sur le jeu et la coopération.
Enfin, Nihel M’Jid a exploré le mentorat face aux transformations numériques et à l’intelligence artificielle en radiologie.
Béatrice Brignon : « Toutes les thématiques sont au plus près du terrain »
Béatrice Brignon, coordinatrice scientifique régionale, souligne la diversité des travaux.
« Toutes les thématiques sont au plus près du terrain. »
Deux sujets ont particulièrement retenu son attention.
Le premier concerne l’intelligence artificielle et l’évolution des pratiques en radiologie.
« J’ai trouvé des thématiques originales sur l’IA, par exemple, qui est assez novateur. »
Elle évoque notamment l’intérêt de croiser les technologies numériques avec le mentorat professionnel.
Le second concerne l’endométriose, étudiée par Hugo Bardin.
Elle souligne l’originalité de la démarche de ce jeune infirmier, qui a choisi d’explorer une problématique de santé touchant de nombreuses femmes.
Ces travaux ne constituent pas nécessairement des solutions immédiatement applicables. Ils ouvrent néanmoins des pistes de réflexion pour les professionnels.
Quatre lauréats vers une sélection nationale
Le congrès s’est terminé par une synthèse et une remise des prix.
Quatre lauréats régionaux ont été désignés. Leurs travaux doivent désormais franchir une nouvelle étape.
« Je vais présenter les quatre lauréats d’aujourd’hui à la sélection du congrès national », annonce Béatrice Brignon.
La sélection est prévue en novembre 2026.
Le dixième Congrès national des Jeunes Chercheurs doit se dérouler le 19 janvier 2027 à Marseille.
Pour la coordinatrice, cette expérience apporte également une reconnaissance aux jeunes professionnels.
« Pour la plupart d’entre eux, c’est pas quelque chose qu’ils ont l’habitude de faire. Donc ils osent communiquer. »
Présenter une recherche devant un auditoire permet aussi de confronter ses idées et de poursuivre sa réflexion.
Des vocations toujours présentes, mais des métiers difficiles
Au cours de son entretien avec INFO83, Antoine Bruno a également abordé l’attractivité des professions sanitaires et sociales.
Selon lui, les formations infirmières continuent d’attirer de nombreux candidats. En revanche, certaines professions de l’accompagnement social connaissent davantage de difficultés.
Il évoque notamment les conditions de travail.
« Ce sont des métiers assez peu reconnus au niveau des salaires, même infirmiers. »
Le directeur souligne également leur pénibilité humaine.
« Même si on a l’humanité chevillée au corps et l’aide de l’autre, à un moment donné, il y a des limites à tout le monde. »
Ces constats renforcent, selon lui, l’importance de préparer les futurs professionnels aux réalités du terrain.
Un congrès qui veut s’inscrire dans la durée
Après une première édition organisée à Nice, Croix-Rouge Compétence souhaite pérenniser cette rencontre.
Sylvain Peyratout rappelle qu’un participant régional avait obtenu une distinction nationale lors de la précédente édition.
« Ce second congrès nous permet de nous ancrer dans une démarche qu’on souhaite pérenne. »
À Ollioules, les échanges ont surtout montré que la recherche ne se limite pas aux laboratoires.
Elle commence aussi au contact des patients, dans les services de soins et les établissements médico-sociaux.
Derrière les neuf travaux présentés, une même conviction se dégage : mieux comprendre la personne reste une condition essentielle pour mieux la soigner.
Marcel Trimboli – marcel@info83.fr
INFOS PRATIQUES
Événement : 2e Congrès régional des Jeunes Chercheurs
Date : jeudi 29 octobre 2026
Lieu : Ollioules, Var
Organisateur : Croix-Rouge Compétence Provence-Alpes-Côte d’Azur & Corse
Travaux présentés : neuf communications scientifiques
Prochaine étape : sélection nationale en novembre 2026
Congrès national : 19 janvier 2027 à Marseille
FAQ – 2è Congrès régional des jeunes chercheurs
Pourquoi organiser un congrès de jeunes chercheurs en santé ?
Pour valoriser les recherches des jeunes professionnels et encourager l’amélioration des pratiques sanitaires et sociales.
Quels sujets ont été présentés à Ollioules ?
L’autisme, la stomie, l’endométriose, le risque suicidaire, la santé mentale, le management et l’intelligence artificielle figurent parmi les thèmes abordés.
Comment les étudiants apprennent-ils à réaliser une recherche ?
Ils suivent des enseignements méthodologiques, réalisent des recherches documentaires et construisent un mémoire accompagné par des formateurs.
Quelle est la suite pour les lauréats ?
Quatre lauréats régionaux seront proposés à la sélection du congrès national prévu en janvier 2027 à Marseille.
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