À La Garde, dix personnes en situation de handicap disposent désormais de leur propre logement au sein d’un habitat inclusif porté par APF France Handicap. Un dispositif qui conjugue autonomie, vie sociale et indépendance, tout en permettant à chacun de rester pleinement chez soi.
En résumé…
À La Garde, dix personnes en situation de handicap vivent désormais dans leurs propres appartements au sein d’un habitat inclusif porté par APF France Handicap. Entre autonomie et vie collective, le dispositif veut permettre à chacun de vivre chez soi tout en conservant des liens sociaux. Le Département du Var annonce parallèlement la création prochaine de 100 places supplémentaires.
« Je voulais prendre mon envol »
Pour comprendre l’intérêt de cet habitat inclusif, il faut d’abord pousser la porte des appartements et écouter ceux qui y vivent.
Manuel a 29 ans. Avant d’arriver ici, il vivait avec sa mère. Son souhait était simple : « Je voulais de l’autonomie et prendre mon envol […] avoir un appartement seul. »
Aujourd’hui, il possède son propre logement. Un T1 qu’il a volontairement choisi de petite taille pour pouvoir plus facilement gérer seul son quotidien et notamment l’entretien de son appartement. Il se lève, part travailler et organise sa vie avec davantage d’indépendance.
À la question de savoir ce que cette nouvelle vie a changé, sa réponse est finalement la plus parlante : vivre « comme tout le monde ».


Pour Sami, retrouver un logement adapté était devenu essentiel
Le parcours de Sami est différent. Il y a cinq ans, un grave accident a entraîné une lésion médullaire et une paraplégie. Après sa rééducation, trouver un appartement adapté s’est révélé particulièrement difficile.
Faute de solution immédiate, Sami raconte avoir dû retourner vivre pendant huit mois chez sa sœur. Il a ensuite intégré des appartements tremplins d’APF France Handicap avant de rejoindre l’habitat inclusif de La Garde.
Cette autonomie retrouvée accompagne également un nouveau projet professionnel. Après une formation d’accompagnant éducatif et social, Sami poursuit aujourd’hui une formation de moniteur éducateur.
« S’il n’y avait pas ça […] je me serais débrouillé, mais comment ? Je n’en ai aucune idée », confie-t-il en évoquant les difficultés pour trouver un logement adapté.
Dix logements indépendants au sein d’une résidence
L’une des particularités du projet gardéen réside dans son organisation. Il ne s’agit ni d’un établissement spécialisé ni d’une grande colocation.
Les dix personnes disposent chacune de leur propre appartement, réparti au sein d’une résidence comprenant d’autres habitants. Un espace commun leur permet ensuite de se retrouver.
Françoise Legraien, élue départementale, parle d’un « habitat diffus », différent d’autres dispositifs où les espaces privatifs sont regroupés autour d’un même lieu de vie. Elle souligne également l’importance de l’implantation de ces projets à proximité des services et au sein des communes.
Pour la maire de La Garde, Madame Bill, cette intégration dans une résidence ordinaire est également centrale : les dix appartements sont installés dans un quartier accessible et proche des commerces. La commune participe par ailleurs aux commissions de préadmission avec une élue municipale et une professionnelle du CCAS.
Être chez soi sans renoncer à la vie collective
L’habitat inclusif ne signifie pourtant pas vivre chacun de son côté.
Un local commun permet aux habitants de se retrouver, d’échanger ou de participer à différentes activités. Coline Levet, animatrice de la vie sociale et partagée, travaille avec une seconde animatrice. Une présence est assurée du lundi au vendredi.
Mais leur rôle n’est pas de décider à la place des habitants.
Les animations sont imaginées avec eux et une réunion permet de travailler collectivement sur leur projet de vie sociale et partagée. « Il y a certes du temps collectif, mais ça peut être aussi un peu du temps individuel pour échanger », explique Coline Levet.
Manuel raconte ainsi les sorties organisées entre habitants : promenades, cinéma ou activités communes. Chacun peut également proposer ses propres idées.
L’habitant reste acteur de son projet
Cette liberté constitue l’un des principes défendus par APF France Handicap.
Jean-Luc Mortet, responsable engagement associatif et politique régionale d’APF France Handicap, rappelle que chaque personne est signataire de son propre bail. Les locataires participent également au projet de vie partagée et à l’élaboration d’une charte commune fondée notamment sur le respect, la liberté et l’entraide.
Une philosophie que résume également Madame Bill : chaque habitant est pleinement chez lui, tout en pouvant participer à une vie collective construite avec les autres résidents.
Le Département veut créer 100 places supplémentaires
Le projet de La Garde s’inscrit dans une politique plus large menée par le Département du Var.
Lors de l’inauguration, Jean-Louis Masson, président du Conseil départemental, a rappelé qu’un premier appel à projets avait conduit à la création de 160 places. Il a surtout annoncé le lancement d’un nouvel appel à projets visant 100 places supplémentaires.
Françoise Legraien a précisé que 21 projets sont ouverts dans 18 communes et évoqué, à terme, 40 programmes d’habitat inclusif, représentant environ 450 bénéficiaires de l’Aide à la vie partagée. Pour les dix logements de La Garde, elle chiffre cette aide à 75 000 euros.
L’enjeu est également territorial : le Département souhaite que ces solutions ne se concentrent pas uniquement sur la frange littorale mais puissent se développer dans l’ensemble du Var.
Un chez-soi avant tout
Derrière les dispositifs, les financements et les projets à venir, l’habitat inclusif ramène finalement à une aspiration très simple : pouvoir choisir sa manière de vivre.
À La Garde, Manuel a trouvé son appartement, son petit jardin et surtout cette autonomie qu’il recherchait. Sami poursuit, lui, son parcours personnel et professionnel depuis un logement adapté.
Des trajectoires différentes qui donnent tout son sens à la formule adressée aux nouveaux habitants par Madame Bill lors de l’inauguration : « Vous êtes ici chez vous.
Marcel Trimboli – marcel@info83.fr
FAQ – HABITAT INCLUSIF
Qu’est-ce qu’un habitat inclusif ?
C’est une forme d’habitat permettant à des personnes en situation de handicap ou âgées de disposer de leur propre logement tout en participant, si elles le souhaitent, à un projet de vie sociale et partagée.
Les habitants de La Garde vivent-ils en colocation ?
Non. Chacun possède son propre logement et son propre bail. Un espace commun permet aux dix habitants de se retrouver.
Combien de personnes vivent dans l’habitat inclusif de La Garde ?
Dix personnes en situation de handicap disposent d’un appartement au sein de la résidence.
Le dispositif va-t-il se développer dans le Var ?
Oui. Jean-Louis Masson a annoncé un nouvel appel à projets visant la création de 100 places supplémentaires.
Ce qu’il faut retenir
- 10 personnes disposent de leur propre logement dans l’habitat inclusif de La Garde.
- L’habitat fonctionne selon un modèle diffus, avec des appartements indépendants et un espace commun.
- Deux animatrices accompagnent la construction de la vie sociale et partagée.
- Le Département annonce 100 nouvelles places après les 160 issues du premier appel à projets.
- À terme, environ 450 personnes devraient bénéficier de l’Aide à la vie partagée dans le Var.
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